Tant que le coeur tient

A la suite d’une perte d’autonomie, Marie-Thérèse, 80 ans, quitte son domicile pour emménager dans une maison de repos.

Elle découvre un quotidien institutionnalisé, rythmé par les repas collectifs et les ateliers. L’adaptation est difficile, Marie-Thérèse confie son désarroi à une proche de la famille, ma mère Eliane.

Avec son aide, Marie-Thérèse tente des échappées et part à la recherche de sa nouvelle place.

Titre : Tant que le coeur tient

Genre : documentaire 

Durée : 52 minutes

Langues : Français et sous-titre Anglais 

Pays de production : Belgique

Année : 2024

Format : Couleur / 16/9 / HD

Support de projection : DCP 2K 

tournage de 2014 à 2020 en Normandie

Réalisation, Image : Sonia Ringoot

Assistanat image : Mathieu Haessler

Montage : Geoffroy Cernaix, Sonia Ringoot

Son : Sonia Ringoot, Philippe Charbonnel

Étalonnage : Jean Minetto

Bruitage : Céline Bernard & Fanny Roy

Enregistrement bruitage : Joachim Glaude

Sous-titrage : Tongue Untied Translation

Diffusion : Dinnie Martin pour Paradocs

Régie et catering : Eliane Fiquet

Assistanat : Sandrine Perrin

Une production

de Cineke asbl

Aurélia Balboni , Sonia Ringoot

CINEKE

en co-production avec l’Atelier de production du GSARA :

Stefanie Bodien , Renaud Bellen,

Valentina Masi

Produit avec l’aide du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Avec

Marie Thérèse Baucher – Vandepopuliere

Éliane Fiquet

Estelle Fiquet

Marguerite Vandepopuliere

Les enfants: Paul Haessler, Armand Ringoot-Maillard, Gabriel Vicaire, Hanna Vicaire, Alex Haessler et Louis Ringoot-Maillard

Musique : Fantasie en Fa mineur, D.940 pour piano à quatre mains de Franz Schubert interprétée par Arthur and Lucas Jussen

Le personnel, la direction et les résidents de la résidence Reine Mathilde

Le personnel et la direction de la résidence les deux Fontaines

Le personnel de la Pharmacie de la cathédrale

Le personnel des Pompes Funèbres Marbrerie Loison

Chantal Marguerite, Famille Declercq, Sandrine Perrin, Magali Ringoot, Pauline Ringoot-Maillard, Anne-Marie Fiquet, Laurence Langlois , Roger Balboni, Rosine Mbakam, Camille Fontenier, Loic Villiot, Philippe Boucq, Manon Coubia, Nicolas François, Javier Packer Comyn

Remerciements

Un remerciement spécial à Geoffroy Cernaix pour son soutien à la production

Au GSARA et à son équipe

ainsi qu’à 

Mathieu Haessler, Aurélia Balboni pour leur accompagnement tout au long du projet

Dinnie Martin pour Paradocs

réalisatrice & productrice

Née en Normandie mais vivant à Bruxelles, Sonia travaille le documentaire sous différentes formes : film, radio, livre.

Après des études de cinéma à l’IAD, elle réalise des vidéos dans le secteur associatif et développe la pratique du documentaire sonore qu’elle enseigne aujourd’hui.

Réalisation sélective : 

Trilogie En quête de terre :  film, radio, livre sur l’immigration des cultivateurs belges en France.

Films & radios sur des questions urbanistiques Bruxelloises. www.soniaringoot.com

A propos du film

Dernièrement, une connaissance me parlait de sa mère âgée qui venait d’intégrer une maison de repos. Elle y détestait les repas servis, elle qui avait cuisiné toute sa vie. La personne conclut par cette phrase « Elle finira bien par s’y faire ! Â»

Comment s’y faire ? Comment accepter un tel changement qui survient à la fin de l’existence ?

La rencontre

Les premières images de Marie-Thérèse remontent à 2008. J’étais venue chez elle pour l’interroger. A l’époque, je menais des recherches sur l’immigration des agriculteurs belges en France. Dans cet intérieur parfaitement classique et ordonné, Marie-Thérèse me faisait part de sa vie d’agricultrice courageuse et d’épisodes terribles survenus lors de la Seconde Guerre Mondiale. J’étais touchée par sa personnalité, sa résilience. Nous sommes devenues proches, cette proximité renforcée par notre lien familial. Je la rencontrais aussi à une période de grand bouleversement.  Elle venait de perdre son unique fille et se retrouvait désormais seule. Elle avait décidé de vendre sa maison pour intégrer une résidence autonome.

Avec ma mère, nous lui rendions visite et je la filmais parfois dans son quotidien. La vie et les images tournées se mêlaient sans qu’il y ait une réelle hiérarchie. L’envie de faire un film est apparue, plus tard, lorsque Marie-Thérèse intégra un home, un ehpad en Normandie. Voir son moral se dégrader, son énergie s’émousser, éveilla en moi des questionnements sur ces nouvelles conditions de vie.

Marie-Thérèse était pourtant bien soignée et on répondait à tous ses besoins vitaux.

Qu’est-ce qui n’allait pas ?

La maison de repos

Sur une période de six ans, j’ai suivi Marie-Thérèse dans son nouveau quotidien. De manière transparente et chronologique, j’ai tenté de saisir des faits et des gestes pour comprendre ce qui se joue entre la perte de son chez soi et la perte de soi.

Marie-Thérèse ne parvenait pas à s’adapter à ce nouvel environnement, à accepter ces nouvelles règles de vie. On organisait pour elle son emploi du temps, réveil à une certaine heure, repas à une autre, ateliers dans l’après-midi. Elle devait apprendre pour la première fois à vivre en collectivité et à être servie. Elle qui s’était toujours occupée des autres et qui avait travaillé toute sa vie pour gagner son autonomie.

Marie-Thérèse se battait, avec ses moyens. Elle cherchait les sorties de secours à cette vie institutionnalisée, tentait de prendre à plein poumon les quelques bouffées d’air qu’on lui autorisait. Ma mère l’accueillait de manière temporaire au sein de sa famille.

Marie-Thérèse cherchait une nouvelle place, avec une énergie fragile et incertaine entre glissement ver l’extinction et d’élan certain vers la vie. Ou se trouvait sa vie à elle ? Qu’est-ce qui faisait encore vie pour elle ?

Issue d’une famille nombreuse, elle se plaignait régulièrement d’être seule, oubliée. Perçue bien souvent comme un refrain systématique de la vieillesse, cette plainte se révélait être un véritable cri du cÅ“ur, l’annonce d’une solitude existentielle. Elle pouvait être aussi entendue comme l’unique possibilité de se révolter contre sa condition actuelle. Qui l’entendait ?

Avant de mourir physiquement, Marie-Thérèse subissait, peut-être, un phénomène plus terrible, celui d’une mort sociale.

Une histoire classique mais cruelle

La trajectoire de Marie-Thérèse est très commune mais observer ce cas particulier, de l’intérieur, résonnera en chacun de nous. 

Nous sommes tous confrontés à cette question du devenir de nos parents, puis de nous-mêmes. Des questionnements lourds et souvent tabous qui sont peu partagés. Nous avons pourtant besoin de récits, d’expériences pour mieux appréhender l’accompagnement de la personne vieillissante, phénomène grandissant*.

Dans notre société, finir ses jours en maison de repos s’inscrit dans l’ordre des choses. Pourtant, on le sait tous, derrière cette apparente normalité et acceptation, se trame beaucoup de souffrance. « on n’est pas heureux en maison de retraite « , dit un résident.

Les maisons de retraite dévalorisées et montrées du doigt sont souvent tenues responsables de ce mal être. Sentiment renforcé par la médiatisation de scandales sanitaires et de maltraitance en institution. Pourtant le vrai « scandale », c’est nous. Les maisons de retraite sont juste le symbole d’un échec de notre société, celle de notre incapacité à maintenir la personne âgée dans le corps social. Elles pallient à notre manque d’organisation collective.

Pour oeuvrer pour le bien être des personnes âgées, la remise en cause est beaucoup plus globale et touche à toute l’organisation de notre société. Elle ne pourra se faire qu’en appelant au valeur du collectif et du partage, valeurs broyées par les politiques néo-libérales.

Le fameux proverbe  » « il faut tout un village pour élever un enfant » s’appliquerait aussi pour la personne âgée ou toutes personnes dépendantes. Il est de notre responsabilité collective de s’occuper des uns et des autres.

Il ne faut pas oublier que ce modèle et cette considération ne sont pas une norme mais une exception à l’échelle mondiale. Dans la plupart des pays, la personne âgée est valorisée, choyée et il parait impensable de l’extraire de son « milieu naturel ».

Marie-Thérèse a été bien soignée, considérée dans son epadh en Normandie mais elle ne peut s’empêcher de pleurer à sa fenêtre « Je ne pensais pas finir comme ça » dit-elle. Etre devenu « ça ».

Dans ces moments-là, la mort est appelée comme seul moyen d’évasion.

Sortir du silence, tenter de regarder les choses en face avec honnêteté et justesse, ensemble, car l’absence de débats sur ce sujet génère isolement, culpabilité et un malaise sourd dans notre société.

*Les plus de 70 ans représenteront 20,7 % de la population de l’UE en 2045

 CONTACT

Réalisation/production

Sonia Ringoot

contact@soniaringoot.com

Distribution/festival

Dinnie Martin

contact@paradocsasbl.com